Les invités 2010

Cinq soirées, cinq films en focus

Martin, Fred et Jojo : la voie des airs

 

martin

 

fred jojo

Ils sont pyrénéens, 23 ans tous les trois, et c’est sur les bancs du sport-étude de Font Romeu, section parapente, que se forme la joyeuse bande. « On avait envie de s’entraîner, mais aussi de sortir un peu du contexte de la compète où l’on atterrit tout le temps près d’une route », raconte Fred. « Du coup, on a décidé un beau jour d’essayer de rallier Font Romeu depuis Luchon (un bon 200 km à vol d’oiseau), en prenant les duvets dans les sellettes ». 17 jours de parapente seront le point de départ d’une série de vol-bivouacs plus audacieux les uns que les autres : en commençant par une traversée des Pyrénées –honneur au terroir tout de même-, qui se poursuivra par un premier trip au Kirghizistan, l’idée est toujours la même, il s’agit de se déplacer en utilisant uniquement la voie des airs… ce qui nécessite aussi quelques bonnes bambées à pied pour retrouver des points de déco ! Galvanisés par les réussites, les trois garçons se lancent dans de vraies expés en parapente : la traversée intégrale des Alpes de la Slovénie à Monaco en 37 jours, suivie par celle du massif de l’Altaï en Sibérie l’été dernier. « On fait entre 30 et 300 bornes par vol, selon l’aérologie, puis on se pose dans un endroit propice et on dort dans les voiles ! ». Les expés sont roots au possible, sans assistance, ponctuées de bonheurs et de galères, avec de belles images de parapente qui feront tout le sel de ce petit film présenté pour la première fois aux Rencontres du Cinéma de Montagne.

Nicolas Favresse et Sean Villanueva : deux belges dans le vent

Ils étaient encore d’illustres inconnus il y a deux ans, lors de leur première venue en France. Sur scène, ils avaient rendu le public hilare en racontant tout autant la grimpe que les petits problèmes inhérents à l’inconfort du bivouac (mais comment on fait pour déféquer en paroi, surtout quand le papier vous échappe des mains !). Sans compter que les deux lascars pouvaient largement en remontrer à certains question engagement et grimpe pure : à l’époque, Seán et Nicolas rentraient avec leurs collègues Olivier Favresse et Michaël Lecomte d’une expédition de 3 mois en Patagonie, où ils avaient grimpé quelques grandes parois légendaires. Parmi elles, la tour centrale (1300m de paroi verticale) du Torres Del Paine au Chili, par la voie mythique «Riders in the storm» : 11 jours en paroi, 6 jours dans les portaledges à s’abriter des tempêtes de neige, pour venir à bout d’une des lignes les plus difficiles de la Patagonie. Bien entendu, notre team du plat pays n’allait pas s’arrêter en si bon chemin : cette année, ils nous reviennent avec en poche quelques Big Walls vierges de la côte ouest de la Terre de Baffin, sur le fameux mont Asgard : approche en voilier, puis 45 jours d’autonomie totale, et trois aller-retours de 60 km à pied pour amener le matériel au pied de la paroi !
Reste bien entendu la grimpe proprement dite, 11 jours de pures difficultés que nos deux amis belges ne manqueront pas de nous raconter avec l’humour décapant qui les caractérise.

Patrick Gabarrou, alpiniste philosophe

Patrick GabarrouOn ne présente plus Patrick Gabarrou. Depuis les années soixante-dix, il devient difficile de compter les ouvertures, les enchaînements, les descentes à skis, les hivernales ou les solitaires. A 59 ans, « Gab » est l’image même de l’alpiniste complet : on parle de trois cent premières, peut-être davantage, dans les Alpes, d’expés dans les Andes ou en Himalaya, mais aussi et surtout d’un grimpeur humble et accessible qui, bien que béarnais, voue sa vie à la montagne depuis sa première rencontre avec l’Oisans en 1966. Mais si l’on connaît bien le nom et les exploits de l’alpiniste, on sait moins par contre l’engagement de Patrick, non pas uniquement dans les voies expo, mais dans les causes qui lui tiennent à cœur : avec son permis poids lourds, il conduit des convois humanitaires de vivres de vêtements dans les pays en guerre de l’ex-Yougoslavie dans les années quatre-vingt-dix, ou encore emmène des handicapés physiques sur les sommets qu’il affectionne. En tant que chrétien pratiquant, il s’agit aussi pour lui de défendre les valeurs qui le portent, les mêmes d’ailleurs qu’il retrouve dans la pratique de la montagne : le partage, l’amitié, la paix, une certaine philosophie de vie… d’ailleurs, la philosophie fut la première vocation de Patrick, depuis ses études à la Sorbonne : « Je me serais sans doute fait plaisir en aidant les jeunes à réfléchir sur le sens de la vie. Aujourd’hui, c’est sur les sentiers ou dans les courses en altitude que je le fais ».

Yann, Blutch et Martial dans la brousse

martialTrois guides, doublés de trois alpinistes d’exception : Jean-Yves Fredriksen dit « Blutch », Yann Mimet dit « Mimouse », et Martial Dumas (qui n’a pas de surnom, lui) n’avaient pas attendu de se rencontrer pour faire parler d’eux sur les voies les plus dures de la planète. Ceci dit, la cordée de trois forme un cocktail pour le moins détonnant ! On se souvient (avec émotion) d’Azazel, 1600m de voie sur la mythique Tour de Trango au Pakistan, ponctuée d’un saut magistral en base jump signé Sam Beaugey (le quatrième larron de l’équipe Planet Big Wall, tout un programme). Ou encore, de l’expé en Terre de Baffin, avec au menu, de nouveaux Big Walls, des sauts en base bien sûr, mais aussi de la wingsuit, du ski, du parapente… En bref, un team qui aime avant tout partir loin et haut, avec tous les « jouets » possibles pour exploiter les possibilités d’une montagne et par là même inventer une nouvelle forme d’alpinisme.
Pour 2009, l’idée pour le trio était à la fois de revenir aux sources (la grimpe pure et dure), et aussi, comme dirait Yann, « de grimper une face dans un endroit « exotique » pour changer un peu du froid ! » Laissons-le nous raconter la suite de l’histoire : « Nous sommes partis au Kenya , Martial , Blutch et moi même dans l’idée de grimper au Mont Poï, qui se trouve au nord du Kenya dans le massif des N’Dotto. La face Est propose 600 mètres de vertical dans une ambiance à part, une escalade raide entrecoupée de grottes suspendues un peu partout et le tout sous l’œil bienveillant des vautours. Nous avons grimpé la voie Slovène  » Story about the dancing dogs », 23 longueurs jusqu’a 7c+ sur un rocher parfois déroutant. Après de longues négociations avec les tribus locales pour nous aider à monter le matos, il nous aura fallu six jours pour faire toutes les longueurs en libre. Le tout sans se presser, car on était tellement bien dans la face qu’on y serait bien resté une semaine de plus ! Un magnifique voyage ou s’enchainent paysages uniques, rencontres hors du temps, et cerise sur le gâteau : une belle
escalade entre potes comme on les aime ». On a hâte de découvrir ça à l’écran.

Kilian Jornet, coureur des cimes

Kilian JornetSi les disciplines telles que l’ultra-trail, la sky-race, évoquent déjà pour vous des sports de martiens, sachez qu’il existe parmi ces petits hommes verts de la montagne quelques ovnis. Kilian Jornet est l’un de ceux-là. Figurons-nous qu’à 23 ans, il a déjà remporté deux fois l’Ultra Trail du Mont Blanc (une troisième victoire était d’ailleurs tout à fait envisagée par les spécialistes pour cette année, si l’UTMB n’avait pas été annulé) ; ou qu’il a pulvérisé de quatre heures le record du GR20 en Corse, c’est-à-dire 14500m de dénivelé, 200km, effectués en 32h54, sans dormir. Ou qu’en bon natif des Pyrénées, il aura choisi comme « entraînement » estival la traversée intégrale du massif, soit 850km et 42000m de dénivelé avalés en huit jours « pour faire connaître mes montagnes aux coureurs du monde entier », avoue-t-il. Il faut dire que Kilian a de qui tenir : fils de guide de haute montagne, il est pratiquement né dans le refuge de Cap del Rec que gardait son père, avec qui il grimpa sur son premier 3000 à l’âge de trois ans, et sur son premier 4000 à six. Puis, dès l’adolescence, il commence à s’entraîner sérieusement en ski-alpinisme, où il gagnera rapidement ses galons en compétition : champion du Monde cadet, espoir… puis champion d’Europe tout court en vertical race l’année dernière, Kilian ne compte d’ailleurs pas s’arrêter là (il faut bien s’occuper l’hiver quand on ne peut pas courir) ! Outre sa forme physique imparable et sa très grande capacité de récupération, le champion espagnol dispose de ce « petit plus » pour passer devant (et laisser les autres derrière) : d’avoir couru toute son enfance après les chamois, Kilian en possède presque l’aisance, et impressionne les ténors de la discipline par sa capacité à avaler les descentes les plus techniques en trombe et en souplesse. A travers les « Kilian’s Quest », le coureur dévoile différents épisodes d’une série autobiographique, qui raconte en image l’odyssée d’un jeune prodige encore au tout début de sa carrière et de ses exploits.

Henri Canin, le pied montagnard

Henri CaninTout montagnard grenoblois qui se respecte a poussé au moins une fois la porte de l’atelier Canin. Au 19 de l’avenue Rochambeau, plusieurs générations d’alpinistes auront cherché chaussure à leur pied : ressemelage de vos vieilles grosses préférées dont vous ne pouvez vous défaire, confection de chaussures spéciales pour pieds amputés par le gel, ou encore chaussons d’escalade sur mesure haute performance, tout est possible pour Henri Canin, véritable artisan du cuir depuis sa sortie du lycée technique de Romans (spécialité chaussures bien entendu). « Je me suis éclaté dans ce métier dès la première minute », raconte celui qui a chaussé Edmond Denis (vainqueur de l’Aconcagua), Daniel Dulac ou encore Lionel Daudet. « Après le merdier de 68, j’ai été embauché en bureau d’étude chez Trappeur pendant six ans, pour développer de la chaussure de marche, de ski, et aussi de ville. Mais au bout de quelques années, à force de patrons incompétents, j’ai décidé de tout plaquer et d’acheter un fond de commerce qui est toujours celui que j’ai actuellement. » Le rêve d’Henri Canin, c’est depuis toujours le métier de bottier, bien que la cordonnerie reste le fond de commerce. « Je voulais créer des chaussures de montagne à l’unité, notamment pour les problèmes de pied, et j’ai même développé des petites séries. Cela a amené des grands noms de la montagne à passer la porte de la boutique, mais aussi des alpinistes de base qui venaient pour des soucis de pied trop long, trop large… ». Peu après l’ouverture du magasin en 1976, sont arrivés sur le marché les premiers chaussons d’escalade : « à l’époque, c’est facile, tu trouvais les EB et les Paragot. C’était quasi impossible de les faire ressemeler à l’usine, alors j’ai commencé à le faire, et j’en ai profité pour concrétiser des idées que j’avais en tête, comme la forme en arc que j’ai faite breveter. J’ai bien fait d’ailleurs, car je me serais fait piquer facilement le concept et aujourd’hui, toutes les marques l’utilisent ». En trente-quatre ans de métier, le savoir faire d’Henri Canin est aujourd’hui reconnu dans tout le monde de l’alpinisme. Il faut dire qu’en véritable artisan, il a consacré sa vie à son métier, parfois sans prendre de week-end, ce qui rend difficile la passation à l’heure où sonne la retraite. « J’ai du personnel compétent pour reprendre derrière, mais pour l’instant ce n’est pas simple et rien n’est déterminé. Quoi qu’il en soit, même si je vais pouvoir enfin avoir le plaisir d’utiliser mes chaussures en montagne, j’espère bien de temps en temps venir à l’atelier pour fabriquer quelques trucs à ma façon dont j’ai l’idée depuis un bon moment ».

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